La discrétion aromatique du blanc
Pourtant, la garrigue n’abandonne pas le blanc. Mais elle le fait autrement. De tels cépages que le grenache blanc, la roussanne, la clairette ou la vermentino, par leur profil plus délicat, s’emparent différemment de ces influences. Les dominantes aromatiques se construisent sur la fraîcheur, les agrumes, les fruits à chair blanche, la fleur. Les touches de fenouil, de poivre blanc, des échos d’anis ou de salinité rappelant la terre sèche de garrigue, sont perçues, selon une enquête IFV 2019, dans environ 18% des dégustations à l’aveugle des blancs du secteur.
L’influence est plus subtile que dans les rouges. La structure du blanc, moins tannique, donne la première place à l’acidité, à la tension, plutôt qu’aux amers ou à la robustesse. Pourtant, il arrive, dans certains terroirs où la roche affleure, que des blancs secs, élevés sur lies, révèlent des notes de pierre chaude, de zestes, d’herbes froissées. Les grands blancs du Terrasses du Larzac, de Montpeyroux, ou issus de vielles vignes de clairette d’Adissan, témoignent de cette veine minérale, avec parfois, dans certains millésimes, une évocation saline qu’on relie à la garrigue environnante.
Quelques exemples de blancs “garrigués”
- La clairette du domaine de la Garance à Montagnac, qui possède ce « trait d’anis sauvage et de pierre » après deux ans de garde, attribué à l’encépagement et à la proximité avec la garrigue sèche.
- Le vermentino de Villa Tempora à Pézenas, élevé partiellement en amphore sur calcaire dur, révèle des pointes fraîches de fenouil et de laurier, gagnant en complexité après un ou deux hivers.
- La roussanne du Mas Jullien, qui exprime, en millésime solaire (2022, par exemple), de discrets amers de sauge et de sarriette, sans jamais basculer dans le végétal appuyé.