Jusqu’au milieu du XXe siècle, la mosaïque des cépages du Languedoc rendait chaque parcelle singulière. Avant la reconversion massive vers les Syrah, Grenache, Mourvèdre ou Cabernet, la vigne héraultaise abritait une surprenante diversité : l’Aramon qui rénovait les coteaux pauvres, le Terret dans les garrigues, le Piquepoul noir près des étangs, le Morrastel aventurier et le Ribeyrenc, fragile et précoce. Leur abandon n’a pas seulement été dicté par des critères œnologiques, mais surtout par les aléas du marché, la nécessité de produire plus, plus vite, alors que le vin du Languedoc se vendait d’abord à la quantité.
L’histoire des cépages rares se lit à travers celle des hommes : résistances à la crise du phylloxéra, éclatement des pratiques culturales pendant la découverte des porte-greffes, puis mouvement d’uniformisation sous la pression des grands cahiers des charges. Leur suppression fut aussi technique : l’Aramon, autrefois omniprésent, raillé pour ses rendements puis arraché par milliers d’hectares ; le Ribeyrenc délaissé pour sa sensibilité à la pourriture grise malgré ses aptitudes précoces et élégantes.
Aujourd’hui, selon l’IFV (Institut français de la vigne et du vin), moins de 10 hectares de Terret Noir restent cultivés dans le département, l’Aramon ne figure plus que dans quelques cuvées expérimentales, et la superficie du Piquepoul noir est devenue anecdotique (Vignevin.com).