Le Languedoc, et plus particulièrement l’Hérault, fut la « grande cave » de la France des XIXe et XXe siècles. Certes, il fallait nourrir Paris et ses soifs ouvrières : la région s’est couverte d’hectares de Carignan, d’Aramon, de Terret et d’Alicante. L’heure était à la quantité. La crise du phylloxéra, puis la modernisation forcenée des années 1960, ont pourtant changé la donne. On a arraché à tour de bras, replanté du Merlot, du Cabernet, du Chardonnay pour coller au goût supposé « international », ou pour alimenter la logique coopérative.
Ironie : certains de ces cépages traditionnels, jugés rustiques, ont presque failli disparaître. En 1968, le Carignan couvrait encore 167 000 ha dans le Languedoc (source : Inventaire du patrimoine viticole – INAO), il en reste environ 37 000 aujourd’hui, principalement dans l’Aude et l’Hérault. Le Terret, cépage blanc emblématique des Coteaux-du-Languedoc (désormais AOC Languedoc), a vécu une pente similaire.
Pourtant, dans la solitude des anciennes parcelles survivantes, certains vignerons que l’on qualifiait de « fous » ou de « résistants » ont continué à travailler ces raisins de terroir. Avec la nouvelle génération, ce choix n’est plus marginal : il devient manifeste, revendiqué et assumé.