On associe volontiers l’Hérault à un grand puzzle où se croisent grenache, syrah, mourvèdre, cinsault ou chardonnay. Pourtant, derrière ces têtes d’affiche importées ou relookées au fil du temps, des cépages presque confidentiels mûrissent en silence depuis des siècles : terret blanc et gris, clairette, carignan, piquepoul, aramon, aspiran, oeillade noire… À force d’avoir servi de raisins de masse, ils ont frôlé la disparition dans les années 1980-90, alors que le marché voulait ses “vins de cépage” uniformisés.
Depuis une quinzaine d’années, une poignée de vignerons opiniâtres a prouvé que ces variétés ne sont pas un folklore mais un socle identitaire, capable de superbes expressions si on leur laisse le temps, le bon sol et les bons gestes. Le carignan, par exemple, donne aujourd’hui des rouges racés, frais et surprenants dès qu’il dépasse 40 ans d’âge (source : Vitisphère). Même constat pour la clairette, dont la petite AOP locale (Clairette du Languedoc, 55 ha environ, chiffres INAO 2022) renaît à la faveur de vinifications soignées, parfois naturelles, sans artifice.
Cette redécouverte ne se cantonne pas aux originaux. Elle touche aussi des techniques, là où la macération pelliculaire, l’élevage sur lies fines ou l’amphore ramènent des textures et des parfums “d’avant l’industrialisation”. C’est ainsi que se forgent à nouveau, dans les salons parisiens comme sur les terrasses biterroises, une curiosité et un respect pour ces cépages porteurs de mémoire.