La disparition du piquepoul noir du quotidien, c’est aussi celle de tout un pan du vivant local : la gestuelle de taille adaptée, les vendanges à la main, la vinification douce pour préserver la fraîcheur sans extraire l’amertume. Or, la mémoire, laissée sans ancrage, s’étiole. Beaucoup de vignerons d’aujourd’hui n’ont jamais travaillé ce cépage.
Mais il est des résistances. Au Conservatoire de Vassal (INRAE, Marseillan), 45 souches sont sauvegardées depuis les années 1970. Quelques vignerons pionniers, portés par le souffle du renouveau des cépages oubliés (cf. groupe « Mémoire des vins français »), plantent à nouveau du piquepoul noir, souvent en micro-parcelles destinées à l’expérimentation ou à des cuvées anecdotiques.
Le consommateur, lui aussi, découvre ou redécouvre, parfois avec étonnement, ce goût long en bouche, légèrement acidulé, tout en cerise et en violette, qui raconte non seulement une typicité mais une histoire et un sens du lieu. Cette micro-dynamique ouvre sur une réflexion contemporaine : que veut-on vraiment préserver dans nos vignes ? Le rendement et la simplicité, ou la diversité, la mémoire et le risque assumé de la complexité ?